Prison locale de Salé Le 19 mars 2010 Objet : lettre ouverte Avant tout, nous souhaitons adresser toute notre gratitude à votre organisation pour tous les efforts et premières réactions suivant notre arrestation le 8 octobre 2009, ce qui a été sans aucun doute, pour nous, nos familles et le mouvement Sahraoui des droits de l’homme en général, un fort soutien moral, alors que nous pratiquions notre profession de défendeurs des droits de l’homme dans l’ombre et dans les pires circonstances.
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Madame, Monsieur,
Il n’est peut-être pas nécessaire de rappeler tous les détails de notre arrestation car votre organisation et d’autres organisations des droits de l’homme dans le monde nous considèrent comme des prisonniers de conscience et défenseurs Sahraouis des droits de l’homme, ce qui est assurément basé sur la connaissance du réel contexte juridique et objectif de cette détention, liée à la liberté d’opinion et l’activisme pour les droits de l’homme. Néanmoins nous souhaitons attirer votre attention sur notre situation en prison. Après 8 jours de détention avant jugement et enquêtes (du 8 au 15 octobre 2009) dans les locaux de la police judiciaire nationale à Casablanca, le juge d’instruction, dans un dangereux précèdent, nous a renvoyé vers le tribunal militaire de Rabat le 15 octobre 2009. Le juge d’instruction a ordonné de nous mettre en détention préventive dans la prison de Salé en attendant du procès et d’autres investigations.
Durant la période du 15 octobre 2009 au 23 février 2010, nous avons été emprisonnés dans la prison de Salé, dans le nouveau quartier II, destiné à l’origine à l’isolation complète, qui contient des « cachots » individuels, dans lesquels nous avons connu dans un système strictement punitif, privés des tous fondamentaux et sujets quotidiennement d’inspections dégradantes. Il suffit de souligner que nous n’avons pas vu le soleil, n’avons pas reçu nos médicaments, ni bénéficiés de soins médicaux, nous étions privés de sortie, de nourriture, de communication, de correspondance, et nous n’étions autorisés de recevoir des visites qu’une fois par semaine, pour moins d’une heure et le plus souvent derrière une vitre nous séparant de nos visiteurs. De plus l’autorité pénitentiaire n’a cessé de harceler systématiquement nos familles et les exposer à la répression comme cela a été le cas de Salka Dahane, arrêtée le 22 octobre 2009.
Ce problème fait partie d’une approche de rétorsion et d’humiliation qui avec les informations mentionnées sont de la catégorie de la torture, spécialement dans son aspect psychologique. Ces tortures ont entraîné de sérieux symptômes pour notre collègue Edegja Lachgar pour qui les rapports médicaux ont confirmé la grande souffrance et le déséquilibre psychologique.
Nous avons subi cela et plus horrible encore. Et tout ceci était salué et soutenu par une campagne médiatique raciste menée par des organisations des droits de l’homme, politique ou militantes et des médias à la solde du régime politique Marocain, qui appelait explicitement au meurtre, à la haine et à la malveillance… Ils essayaient ainsi d’influencer le système judiciaire et légitimer les raisons de la sentence préalable, alors que nous avons rejeté catégoriquement et à tous les stades de l’investigation toutes les charges contre nous.
Madame, Monsieur,
Grâce au travail accompli par votre organisation et des douzaines d’organisations humanitaires et de défense des droits de l’homme dans le monde, dont des organisations Marocaines, les conditions de notre emprisonnement ont été partiellement améliorées depuis que nous avons été réunis dans une cellule le 23 février 2010. Nous bénéficions de sorties, nous sommes autorisés à avoir la télévision, des journaux et la radio. D’autres demandes restent sans réponse de la part de l’administration pénitentiaire Marocaine, qui sont :
- Des visites ouvertes à tous les visiteurs, sans exceptions, tous les jours sauf le Samedi et dimanche, dans une pièce spécialement destinée à cette fin
- Des soins médicaux, et les médicaments essentiels
- Recevoir et envoyer de la correspondance (toutes les lettres reçues d’organisation des droits de l’homme et d’amis du monde entier ont été confisquées par l’administration de la prison)
- Notre part de nourriture
- l’ouverture d’une enquête sur les plaintes déposées auprès de l’administration de la prison et de la justice à propos des abus auxquels nous avons été exposés le 15 décembre par les gardiens de la prison
- La restitution des livres confisqués par l’administration de la prison lors de notre emprisonnement
À un autre niveau, malgré le complément d’enquête du juge d’instruction apporté à de la cour militaire le 31 décembre 2009, et jusqu’à la rédaction de ce courrier, aucune date n’a été déterminée pour traiter notre cas. Ajoutons que nous dépendons d’un tribunal spécial qui ne permet pas la possibilité d’appel de ses décisions et qui manque totalement d’indépendant et d’intégrité puisque employé par l’autorité exécutive pour dissuader et punir les opposants au régime politique Marocain.
En conclusion, nous réitérons nos remerciements pour le travail que vous faites dans le but de notre libération sans restriction ni condition, et de la libération de tous ceux arrêtés pour leurs opinions. Il est certain que les valeurs des Droits de l’Homme l’emporteront en dépit de la répression, parce que leur prévalence est inévitable, incarnation actuelle de l’avenir juste et éclairé des peuples du monde libre.
Les défendeurs Sahraouis des droits de l’homme / prisonniers de conscience :
- Edegja Lachgar (en liberté provisoire)
- Ali Salem Tamek
- Brahim Dahane
- Ahmed Naciri
- Yahdih Etarrouzi
- Saleh Lbaihi
- Rachid Sghayer